On lit beaucoup de choses sur l’achat de terres en Espagne.
Souvent très théoriques.
Souvent écrites par des agences ou par des personnes qui n’ont jamais vraiment mis les pieds sur une parcelle.
Ici, on partage notre retour d’expérience, sur comment acheter une terre agricole en Espagne.
Mais pour raconter ce qui nous a surpris, ce qu’on n’avait pas anticipé, et ce qu’on ferait différemment aujourd’hui.
Pourquoi l’Espagne (et pas un plan hyper réfléchi)
À la base, notre projet n’était même pas l’Espagne.
On voulait acheter une terre en Tunisie, surtout dans une logique d’investissement.
Mais très vite, on s’est rendu compte que les prix étaient beaucoup trop élevés pour ce qu’on cherchait.
Un peu par hasard, via une recherche Google, on est tombés sur des annonces de terrains en Espagne.
On s’est dit : why not, allons voir cet été, sans pression.
L’idée n’était absolument pas d’acheter tout de suite.
Le projet était plutôt dans 5 ans.
Et puis, comme souvent, les choses ne se passent jamais exactement comme prévu.
La recherche de terrain (et ce qui a vraiment aidé)

On a regardé sur Vivastreet, jeté un œil aux agences, mais très honnêtement, ça ne valait pas le coup pour ce type de biens.
Finalement, on est tombés sur un agent immobilier indépendant qui publiait ses annonces sur Vivastreet, spécialisé uniquement dans les terrains agricoles autour de Tortosa.
Gros point positif : il parlait français.
Un vrai soulagement, parce que nous ne parlons pas espagnol – enfin, Kiki dit qu’il parle espagnol, mais il répond « Muy bien » quand on lui dit « ¿Qué es ? » et « 17 » quand on lui dit « ¿Tu nombre ? » –, et comprendre les spécificités d’un terrain agricole dans un autre pays n’est pas évident.
Au final, le plus compliqué n’a pas été les visites, mais :
- le premier contact
- et surtout le passage à l’action
On a visité une première terre, sympa, mais avec trop de contraintes.
La deuxième, en revanche, a été un coup de cœur immédiat.
Le prix était cohérent, surtout au regard du nombre d’hectares.
On a su assez vite que c’était celle-là.
Terre agricole : ce qu’on savait… et ce qu’on a découvert après
On savait dès le départ que c’était une terre agricole.
On savait aussi qu’il n’y avait ni eau de ville, ni électricité.
Sur le terrain, il y avait :
- 198 oliviers, 80 caroubiers et quelques amandiers
- une petite construction composée de deux blocs de 15 m²
- deux cuves d’eau (10 000 litres et 15 000 litres)
En revanche, on n’avait aucune expérience agricole.
Certaines démarches nous ont été expliquées après la signature, notamment celles liées à la récolte des olives (DUN, déclarations agricoles, etc.).
Heureusement, l’ancien propriétaire et l’agent immobilier nous ont bien guidés.
Mais clairement, ce sont des choses qu’on aurait aimé comprendre avant, pas après.
Les coûts : ce n’est pas la terre qui coûte le plus cher
On sait pertinemment que ce qui coûtera le plus cher, à terme, sera la rénovation de l’habitation.
Mais pour l’instant, nous avons surtout investi dans trois choses :
- l’entretien
- le matériel
- le temps
Pour la récolte des oliviers et des caroubiers, nous avons dû acheter :
- des filets (au début achetés sur Amazon, puis remplacés par des filets de meilleure qualité)
- du matériel agricole (tronçonneuse, taille-haie, etc.)
- une remorque
On sait aussi qu’on peut encore optimiser le temps passé pendant les récoltes.
Mais on avance petit à petit, en fonction de notre budget et de nos moyens.
Les erreurs qu’on a faites (et qui coûtent)
On a aussi fait des erreurs.
Par exemple :
- acheter du matériel thermique, avant de se rendre compte que l’électrique sur batterie était bien plus adapté à notre usage
- investir dans des bras vibrants qui, avec le recul, n’étaient pas une bonne idée pour nos arbres
Ce ne sont pas des erreurs dramatiques, mais ce sont des coûts non anticipés.
Autre point important : l’accès au terrain.
La route n’est pas idéale et une voiture plus haute est plus adaptée.
À terme, il faudra probablement :
- investir dans une petite voiture haute
- refaire une partie de la route
Lors des inondations de 2024, l’accès est devenu impraticable.
Une heure après notre départ, il aurait été totalement impossible de passer.
Sachant que cette route est partagée avec trois autres propriétaires que nous ne connaissons pas.
À l’inverse, certaines choses coûtent beaucoup moins cher que prévu :
la taxe foncière, par exemple, est d’une vingtaine d’euros par an.
Les frais invisibles et les démarches administratives
Il y a aussi tous les frais invisibles et les démarches auxquelles on ne pense pas toujours :
- refaire un DUN
- ouvrir un compte bancaire espagnol
- obtenir un NIE (numéro d’identification obligatoire en Espagne)
- avoir un numéro de téléphone espagnol
- disposer d’une boîte postale, car une terre agricole ne constitue pas une adresse postale
Ce ne sont pas des obstacles insurmontables.
Mais ce sont des démarches qui prennent du temps, de l’énergie, et parfois de la patience.
Ce qu’on n’avait pas anticipé (et qui change tout)
S’il y a une chose qu’on n’avait vraiment pas mesurée, c’est :
- le temps
- et le coût mental de l’entretien d’une terre
Avoir une terre, ce n’est pas juste “posséder un terrain”.
C’est s’en occuper :
- même quand on n’est pas sur place
- même quand on est fatigués
- même quand ce n’était pas prévu
Ce qu’on ferait autrement aujourd’hui
Avec le recul :
- on prendrait plus de temps avant d’acheter du matériel
- on observerait davantage nos vrais besoins
- on éviterait d’acheter trop vite
On a aussi découvert après coup des plateformes comme Milanuncios (le “Leboncoin espagnol”), où il y a beaucoup d’annonces intéressantes de terres agricoles.
Il y a sûrement d’autres choses qu’on ferait différemment.
Mais on avance surtout avec ce qu’on apprend au fur et à mesure.

Si quelqu’un nous dit aujourd’hui :
“J’aimerais acheter une terre agricole en Espagne”
On lui dirait :
fonce, mais pas à l’aveugle.
Si on a constat à faire, c’est que de travailler devant un ordinateur est beaucoup plus fatigant que travailler cette terre. La satisfaction est encore plus grande.
Prends le temps de comprendre :
- ce que tu veux vraiment faire de la terre
- le temps que tu es prêt à y consacrer
- le budget d’entretien, pas seulement le prix d’achat
Le reste s’apprend.
Mais ces bases-là font toute la différence.
Acheter une terre agricole en Espagne quand on n’y vit pas
C’est un point dont on parle peu, et pourtant il change beaucoup de choses.
Acheter une terre agricole en Espagne quand on vit encore en France demande :
- de l’organisation
- de la souplesse
- et une certaine capacité à lâcher prise
Les allers-retours ont un coût, financier mais aussi mental.
Chaque déplacement est optimisé : on fait des listes, on anticipe, on essaie de ne rien oublier… et malgré ça, il manque toujours quelque chose.
Il faut aussi accepter de ne pas tout maîtriser.
Quand on n’est pas sur place, certaines décisions sont reportées, certaines tâches attendent, et il faut apprendre à composer avec ça.
Dans notre cas, nous sommes à environ 11 heures de route de Tortosa.
Lors des récoltes, les conditions climatiques ne sont pas toujours compatibles avec le camping.
Prendre un Airbnb devient alors presque indispensable, simplement pour avoir un minimum de confort et tenir la cadence des journées de récolte.
Même avec ça, gérer une terre à distance reste un vrai sujet.
Un sujet qu’on apprend à apprivoiser avec le temps.
Conclusion (sans morale)
Acheter une terre agricole en Espagne, ce n’est ni un rêve parfait, ni un cauchemar.
C’est un projet réel, avec ses contraintes et ses satisfactions.
On est encore loin d’avoir tout compris.
Mais une chose est sûre, chaque minute passée sur cette terre est un pur bonheur, et une déconnexion totale d’un monde qui va trop vite.
Mais on apprend.
Et on avance.
Et c’est déjà beaucoup.