Eau et Électricité en autonomie : Notre apprentissage à l’oliveraie

5–7 minutes

Acheter une terre agricole isolée en Espagne, c’est se confronter à une réalité très concrète : le terrain n’est connecté à rien. Ni au réseau électrique, ni au réseau d’eau. Pour notre projet, Alquèria del Ahlem, apprendre à gérer l’eau et électricité en autonomie n’était pas une envie de départ ou un concept, c’était simplement la seule option possible pour faire vivre ce terrain. Voici le récit de nos premiers pas, entre formations en Bretagne, système D et panneaux solaires portés à bout de bras.

photo de la maison avec les deux blocs collés

1. L’échec formateur du générateur à essence

Pendant la visite du terrain, l’agent immobilier nous avait expliqué que l’ancien propriétaire utilisait un générateur pour avoir de la lumière. Effectivement, il y avait deux interrupteurs pour éclairer la maison, un dans chaque bloc, le tout relié à un petit tableau électrique. En voyant cela, on s’est dit : « Ok, facile, il nous suffit de racheter un générateur ». Nous avons donc investi 249 € dans un modèle à essence chez Bricomarché, pensant pallier le manque d’énergie.

En soi, l’appareil fonctionnait bien, mais son utilisation s’est avérée inadaptée à nos besoins. Résultat : nous n’avons jamais réussi à le raccorder proprement au tableau électrique existant. À chaque tentative, le système sautait. Nous avons d’abord pensé à un problème de mise à la terre, avant de comprendre qu’il s’agissait probablement d’une histoire de voltage. De plus, l’essence et nous, ce n’est pas une grande histoire d’amour, et le bruit constant d’un moteur est une vraie contrainte sonore en pleine nature.

Finalement, lors de notre première récolte, ce générateur n’a servi qu’à charger nos téléphones et faire chauffer des plats au micro-ondes. Nous avons appris plus tard que l’ancien propriétaire utilisait en réalité un générateur électrique à batterie. Il nous fallait donc une solution plus silencieuse, plus propre et surtout plus fiable.

Aujourd’hui, ce générateur reste une solution de secours pour les jours où il n’y aura pas assez de soleil ou de stock d’énergie pour utiliser nos appareils électriques.

Générateur à essence Bricomarché pour électricité sur terrain agricole

2. Direction la Bretagne : Se former pour ne pas tout faire sauter

On ne s’improvise pas électricien ou plombier « off-grid » du jour au lendemain. Ayant un léger rejet de la physique-chimie dû à quelques traumas scolaires, j’ai forcé Kiki à suivre deux formations sérieuses avant de toucher aux installations. Nous avons pris la route de l’Écocentre Trégor, en Bretagne, pour trois journées intensifs dédiés à l’autonomie énergétique.

Pendant ces journées de formation, on pouvait observer deux salles deux ambiances : d’un côté, Kiki, avec son aisance naturelle, comprenait chaque schéma électrique instantanément. De l’autre, moi, essayant désespérément de décrypter la différence entre Watts, Ampères et Volts. Néanmoins, ce stage a été très bénéfique. Il m’a permis de comprendre les bases essentielles, tandis que Kiki a pu valider les directions énergétiques à prendre. Nous avons compris que l’autonomie est avant tout une question de calcul et de dimensionnement. Nous sommes repartis avec un schéma en tête et la certitude que nous pouvions monter notre système nous-mêmes, sans passer par des kits plug-and-play industriel hors de prix.

3. Le système solaire : Entre « Leboncoin » et acrobaties sur la route

Pour notre installation photovoltaïque, nous avons opté pour le « sur-mesure » budgétaire. Aujourd’hui, notre parc se compose de trois panneaux solaires de 400W. Côté prix, on est sur de la vraie bonne affaire : un panneau acheté 60 € en Espagne et deux autres dénichés neufs sur Leboncoin pour 55 € l’unité. À l’heure actuelle, nous n’utilisons qu’un seul panneau qui suffit amplement à notre consommation simple, puisque nous dormons en hébergement extérieur.

Actuellement, les panneaux ne sont pas fixés sur le toit pour des raisons de sécurité et de conservation. Un panneau photovoltaïque a une durée de vie limitée, et le laisser griller sous le soleil alors que nous ne sommes pas sur place serait un gâchis. Ils alimentent deux batteries 24V (350 €) via un onduleur pur sinus de 1000W payé 45 €. Nous avons ajouté une prise de connexion à une dizaine d’euros. Soyons honnêtes : cet onduleur n’est pas assez puissant. Dès qu’on branche le Air Fryer ou le micro-ondes, le système sature. Notre prochaine étape sera donc d’investir dans un onduleur haute performance.

Pour la petite anecdote, suite à la panne de notre voiture qui a immobilisé la remorque en France lors du séjour travaux, les deux panneaux achetés sur Leboncoin n’ont pas pu faire le voyage. Kiki et ses amis ont dû racheter un panneau en urgence chez Leroy Merlin en Espagne. Mais comment transporter un tel panneau dans une petite citadine à trois personnes ? La solution a été digne d’un film : ils l’ont chargé sur le toit et, durant tout le trajet, les gars ont dû le maintenir à bout de bras par les fenêtres pour éviter qu’il ne s’envole !

Schéma installation électrique photovoltaïque autonome fait maison .
Eau et Électricité en autonomie

4. L’eau : Gérer 25 000 litres avec un surpresseur Lidl

Sur notre terrain, pas de puits pour l’instant, même si l’ancien propriétaire nous a parlé d’une source potentielle qu’un sourcier devra confirmer ultérieurement. Nous fonctionnons donc avec deux citernes massives de 10 000 et 15 000 litres collées à la maison. L’une des citernes est située plus haut que la maison, ce qui permet d’avoir naturellement un peu de pression pour le robinet et la chasse d’eau. Cependant, avec l’installation d’une future douche, nous aurons besoin d’une pression plus importante.

Pour transformer ce stock en eau courante, Kiki a installé un surpresseur Lidl à 143,99 €. C’est lui qui assure la pression nécessaire aux robinets. Nous avons ajouté environ 100 € d’accessoires (tuyaux, joints) et un système de filtres à 90 € pour garantir une eau propre.

L’installation, réalisée par Kiki en solo, est encore en mode « chantier ». Il y a des fuites à colmater et le débit reste timide. Pour l’instant, nous restons fidèles à la douche solaire en extérieur, en attendant d’installer une vraie douche et un chauffe-eau solaire. La deuxième cuve, quant à elle, reste utilisée « à l’ancienne » au seau. Heureusement, nous n’avons pas encore eu besoin d’acheter de l’eau par camion, même si l’on voit souvent des voisins se réapprovisionner avec des citernes sur remorque.

Bilan et prochaines étapes

Ce chantier nous apprend la patience. Tout est encore un peu « brouillon », les câbles traînent et les retouches sont nombreuses, mais la base est là. Nous avons de la lumière, de quoi charger nos outils et de l’eau (presque) partout.

Nos prochains défis :

  • Rendre l’installation électrique propre et définitive.
  • Acheter un onduleur capable de faire tourner l’électroménager.
  • Installer un deuxième surpresseur pour la deuxième cuve d’eau.

L’autonomie, ce n’est pas seulement économiser des factures, c’est surtout comprendre d’où vient chaque ressource. Et croyez-moi, quand on sait que les ressources ne sont pas illimitées, on n’éteint plus jamais la lumière par habitude, mais par respect pour l’énergie produite.

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